Interview choc d'un militant! La suite et fin.

Publié le par Asse42

Le poing et la rose, logo du parti socialiste 

Bonjour. Vos propos ont suscité de nombreuses réactions sur le net. Pouvez-vous vous présenter?

Je suis Freddy PAMBOU. J'ai trente ans. J'ai adhéré au PS depuis un an, au lendemain des législatives. Je réside à Gennevilliers où j'y milite. Je tiens tout de suite à préciser que je n'accepterai pas qu'on m'afflube du titre méprisant de ''ségolâtre''. Je suis un militant qui soutient avant tout des valeurs et une démarche politique incarnées par Ségolène Royal.

Justement. Qu'est-ce qui vous séduit chez elle?

Je vais vous le dire: son courage. Cette femme a fait sauter le couvercle d'un parti qui jusque là était monopolisé par une élite qui se croyait au-dessus des militants, qui les prenait pour quantité négligeable, qui pensait davantage à sa carrière qu'à rénover un parti qui pris l'eau sur le plan idéologique et qui s'est déconnecté du peuple.

En six mois de campagne présidentielle, elle a osé remettre en cause le discours tellement stéréotypé d'un Parti socialiste qui depuis onze ans a arrêté de penser (pour privilégier les enjeux d'appareil), denoncé des dogmes (la généralisation des 35h) qui le paralyse, réaffirmé un certain nombre de valeurs sociétales abandonnées à la droite (la valeur-travail, la nation, la famille, l'autorité, le respect de la république, la sécurité), popularisé  une méthode (la démocratie participative).

Bien sûr, tout n'a pas été parfait. Je suis assez lucide et honnête pour dire que Ségolène Royal n'était pas suffisamment préparée pour briguer la fonction présidentielle. Sans compter que sa campagne a souffert d'un vrai amateurisme. Il faut le reconnaître et ne pas se raconter d'histoires. Dans tous les cas, l'ex candidate a fait en six mois ce que les dirigeants socialistes n'ont pas fait en onze ans: redonner du souffle au parti. C'est cela le mérite de Ségolène Royal. Avoir réveillé le goût du débat chez les militants. Il suffit juste d'évoquer son nom pour qu'aussitôt les langues se délient, que les débats prennent une tournure passionnée et polémique. Qui en dehors d'elle dans le parti peut provoquer une telle effervescence? Je pose la question aux militants qui me lisent. Qui d'autre qu'elle?  

Certains dirigeants l'accusent de contourner régulièrement le parti et d'avoir créé un parti dans le parti, notamment Désirs d'avenir.

Il est vrai que ces gens auraient aimé, après sa défaite à la présidentielle, qu'elle se retrouve totalement nue. Sans soutiens, sans réseaux. Il aurait été plus facile pour eux de l'évincer sous les huées des éléphants tous unanimes. Hé bien la ''Bécassine'' (dixit Laurent Joffrin de Libé) leur a montré qu'elle n'était pas née de la dernière pluie et qu'elle avait la suite dans les idées. C'est précisément parce qu'elle a eu la bonne idée de créer Desirs d'avenir qu'elle a pu continuer à défendre sa légitimité auprès des militants. Légitimité qu'une très large majorité d'entre eux ne lui a jamais contestée.

Quant au procès qui lui est fait de contourner le parti, je suis littéralement mort de rire. Quand Bertrand Delanoë, avant les municipales, crée un site (qu'il finit par suspendre) intitulée ''Delanoë 2012'', vous croyez qu'il ne cherche pas à contourner le parti? Quant tous les grands ténors socialistes se dotent de structures de réflexion (composés exclusivement de leurs partisans), vous ne croyez pas qu'ils cherchent à contourner le parti? En clair, ils reprochent à l'ex candidate ce que eux même font depuis des années, sans que personne n'ait d'ailleurs rien trouvé à redire.

Je précise que je ne suis pas membre de Désirs d'avenir, mais je respecte l'engagement politique et citoyen de ceux qui y sont adhérents (et je souligne que le trois quart au moins d'entre eux sont encartés au PS). Et s'obstiner à les décrire comme des simples ''fans'', des ''disciples'' d'une ''secte'' (dixit Henri Emmanuelli)  relève d'une étrange conception de la démocratie. A t-on osé appeller les partisans de Bertrand Delanoë, de Martine Aubry ou de Benoît Hamon de ''fans'', de ''supporters''? Non. Eux ont droit au noble titre de ''militants''.

Admettez tout de même que sa personnalité divise, y compris chez les militants?

Je ne dis pas le contraire. C'est sûr qu'un leader socialiste qui fait entonner la marseillaise dans ses meetings, qui dit qu'elle veut faire encadrer militairement les primo-délinquants, qui dit qu'elle veut mettre en place des jurys citoyens pour évaluer l'action des élus, redonner la parole aux militants par des consultations régulières, ne que peut susciter l'ire des gardiens du temple, soucieux de préserver la ligne traditionnelle (mais le parti a t-il encore une ligne?).

S'agissant des militants, l'idée selon laquelle elle cliverait profondément est surtout propagée par Solférino et les médias (de gauche comme de droite). Car comment expliquer sa forte popularité auprès de ses derniers? Comment expliquer que toutes ses réunions publiques font quasi systématiquement salle comble. Vous croyez que ce sont uniquement les adhérents de Désirs d'avenir qui viennent la voir et l'encourager?

Prenez Delanoë et Aubry. Eux ne clivent pas, nous dit-on. C'est si tellement vrai que militants et sympathisants ne jugent pas utile de se déplacer en masse pour les voir et les écouter. Cherchez l'erreur.

Ségolène Royal dit un certain nombre de choses et adopte une attitude - que l'on peut juger provocatrice - qui bouscule le train-train d'un parti qui s'est terriblement embourgeoisé, qui est devenu frileux, qui n'ose plus rien, où le mot audace a disparu de son vocabulaire, où la flamme s'est éteinte. Elle tente de la rallumer à sa manière (que l'on a le droit de critiquer).

Parlons maintenant du congrès. Vous soutenez tout naturellement la motion de Ségolène Royal. Qu'a t-elle de différent par rapport aux autres?

Je n'aime pas jouer les commerçants (métier que je respecte). Je ne vais pas dire à mes camarades, entrez dans notre magasin, il est celui qui comprend les plus beaux articles. La seule chose que je peux dire c'est que cette motion porte en elle une dimension que je ne retrouve pas chez les autres: la dimension populaire d'un parti qui entend enfin réfléter la société française, dans sa diversité sociale et ethnique. C'est vraiment la force de cette motion qui veut aussi faire la place aux jeunes, changer le mode de fonctionnement en plaçant les militants au coeur des débats et des choix internes (grâce à la démocratie participative qui ne rébute que ceux qui ne veulent pas perdre leur influence dans le parti), en ouvrant les portes du parti aux sympathisants  et aux acteurs de la société civile (par le biais de débats participatifs, de conventions thématiques, d'ateliers de travail, d'événements culturels et festifs, de primaires pour la désignation du candidat pour l'élection présidentielle), en renouvelant notre pensée sans faire l'impasse sur des sujets que certains qualifient de façon péremptoire de "droite".   

Les autres motions sont dans une posture plus traditionnelle où l'image du parti est réduite à celle d'un cercle étriquée de bobos, vaguement proche du peuple, vaguement représentatif de la diversité, tous censés détenir la science infuse et qui se contentent de balancer des slogans auxquels eux-mêmes n'y croient pas ou n'y croient plus.  

Ségolène Royal est très critiquée sur la question des alliances. Est-ce finalement une si bonne idée que de prôner une alliance avec le MoDem? Cela ne va t-elle pas lui coûter des voix au congrès de novembre?

Ca c'est la petite musique que l'entend dans les couloirs de la rue Solférino et que ses adversaires s'amusent à distiller.

Premièrement Ségolène Royal n'a jamais prôné un renversement des alliances qui consisterait à tourner le dos à nos partenaires traditionnels au profit du MoDem de FrançoisBayrou (dont on sait très bien qu'il mise sur les déçus du sarkozysme et sur l'incapacité du PS à se renover pour rafler la partie en 2012, sur ce point personne n'est dupe). Au contraire, elle défend l'idée qu'il faut d'abord rassembler toute la gauche (tous les électeurs), même si cela doit passer par un dialogue avec l'extrême gauche et les mouvements alter-mondialistes. Ensuite tendre la main aux électeurs du centre qui préfèrent voter pour un candidat socialiste au second tour de l'élection présidentielle que pour un candidat de l'UMP.

Deuxièmement, certains socialistes peuvent toujours se raconter des histoires, adopter des postures tactiques d'avant-congrès ou se complaire dans la nostalgie d'une union de la gauche version plurielle (qui a abouti au désastre de 2002), le fait est que toute la gauche réunie n'a recueillie que 37% des suffrages au premier tour de la présidentielle de 2007 (soit le score le plus bas de son histoire). Score qui a été confirmé aux élections législatives (lesquelles élections se seraient transformées en une véritable bérézina pour le PS si les électeurs du MoDem ne s'étaient pas reportés massivement sur ses candidats). Alors je pose la question: on fait comment pour être majoritaire en 2012? En misant sur la seule rénovation d'un PS qui n'atteint plus les 30% à une élection présidentielle? En misant sur le renouveau du PCF et des Verts sur le plan électoral? En misant sur l'affaiblissement de la LCR d'Olivier Besancenot qui surfe pour l'heure sur la vague anti-libérale et qui ne compte pas s'arrêter en si bon chemin? En rejetant à l'avance les voix des électeurs centristes qui ne sont que des suppots de la droite? Autant de conditions qui rendent le pari risqué.

Dans cette affaire, Ségolène Royal fait preuve à la fois de courage, de lucidité et d'un réel sens stratégique. Elle a parfaitement intégré la faiblesse du socle électoral de la gauche et le fait que parmi les 18% des Français qui voté François Bayrou au premier tour de la présidentielle, une bonne moitié était des électeurs traditionnels de gauche. Qu'est-ce qu'on dit à ces gens-là, qu'ils sont des traîtres? Donc plutôt que de devoir marchander leurs voix dans des tractations baroques de second tour en 2012 (pour un résultat incertain), il vaut mieux jeter dès maintenant les jalons d'un vaste rassemblement en adoptant une attitude d'ouverture qui passe par un dialogue avec le MoDem (dialogue qui a pour but d'obliger le leader centriste à clarifier ses positions et à dire de quel côté il penchera en 2012 en cas d'un second opposant Nicolas Sarkozy à un candidat socialiste).

Cette attitude est autrement plus intelligente (et  payante à long terme) que ce reflèxe pavlovien et sectaire des seules alliances à gauche.

Oui mais certains au PS objectent que le PS a toujours gagné chaque fois qu'il a réussi à rassembler la gauche.

Ce n'est vrai qu'en partie. En 1981, François Mitterrand gagne contre Giscard parqu'il atteint les 30% au premier tour et que le PCF est à 15%. La défection de Chirac et des électeurs du RPR au détriment du président sortant suffi a faire le reste.

En 1988, le même Mitterrand est réélu confortablement parce que les alliés de gauche font encore bonne figure et que surtout il développe un discours très ''centriste'' avec la ''France unie'' qui séduit les électeurs qui avaient voté pour Raymond Barre au premier tour et qui ne voulait pas voté pour Chirac qui les avait effrayé pas une campagne très agressive qui reprenait certains slogans du Front national (''le bruit et les odeurs'').

En 1997, la victoire de la gauche est moins celle d'une véritable dynamique que la sanction d'une politique gouvernementale massivement rejetée et d'une dissolution ratée.

Donc il faut arrêter les bobards sur la thèse selon la gauche rassemblée peut - sur ses propres valeurs et sur sa propre dynamique - gagner à elle seule une  grande échéance nationale. Chaque fois que la gauche a gagné sous la Vème République, c'est parce qu'il a su capter le désir de changement ainsi que les voix des déçus de la droite. D'ailleurs François Mitterrand (fin connaisseur de la carte électorale) l'a parfaitement  résumé en disant que la France était un pays sociologiquement de droite, mais qui de manière cyclique était attirée par un discours de gauche. Et Mitterrand était tout un naïf.  

J'aimerais voir la tête de Bertrand Delanoê ou de Martine Aubry  (dans l'hypothèse qu'il serait candidats) au soir du second tour de l'élection presidentielle en 2012, contraints d'appeler les électeurs du MoDem à reporter leurs voix sur eux. Que diront-ils? Qu'ils ne sont finalement pas de droite, que finalement ils partagent certaines valeurs en commun, que ce sont des démocrates respectables, que leurs voix a tout autant de valeur que celles des électeurs de gauche? C'est cela le scénario qu'ils nous préparent? 

Et d'ailleurs s'ils étaient si cohérents, pourquoi le premier garde t-il parmi ses soutiens des élus qui ont fait alliance avec le MoDem aux municipales (Jean Marc Ayrault, maire de Nantes, et Michel Destot, maire de Grenoble pour ne citer que ces deux-là),  un Michel Rocard qui avait sommé l'ex candidate à s'allier à François Bayru lors du second de la présidentielle ou encore un Pierre Moscovici qui a toujours soutenu qu'il fallait dialoguer avec le MoDem?

Quant à Martine Aubry, peut-elle nous expliquer pourquoi une alliance avec le MoDem est légitime sur le plan local (car elle s'est bien alliée avec ce parti à Lille), mais illégitime (voire scandaleuse) sur le plan national?

Donc au final, il y a à la fois beaucoup d'hypocrisie et d'aveuglement dans cette attitude qui consiste à critiquer la position de Ségolène Royal.   

Interview de Freddy PAMBOU, militant socialiste de gennevilliers (92) donnée à un journaliste (et ami) de BFM

PS: cette interview n'est pas une interview officielle. Elle a eu lieu donc un cadre amical et non professionnelle. Elle n'engage donc que ses auteurs et non la rédaction de BFM.

Ce militant  peut être joint sur son adresse mail:

 freddypambou_fr@yahoo.fr

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