Interview choc d'un militant!

Publié le par Asse42

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Interview accordé à un journaliste de BFM (mais non diffusée) par Freddy PAMBOU, un militant socialiste de base.
Publi
é par Pusiher sur Le Post

Ségolène Royal est contestée au PS et de nombreux observateurs lui prédisent un congrès difficile.

Le problème du Parti socialiste n'est pas Ségolène Royal, mais la formidable mauvaise foi de ceux qui lui contestent sa légitimité. Voilà une personnalité qui a été désignée démocratiquement par 60% des militants, menée campagne quasiment seule (avec l'appui des militants et des élus locaux), qui a effacé le souvenir douloureux de 2002 et réussi à faire bonne figure au second tour. Et qu'est-ce qu'on entend? Qu'elle ne serait pas légitime à diriger le PS. La mauvaise foi est d'autant plus flagrante que ni Mitterrand ni Jospin(qui ont tous deux échoué à deux reprises à l'élection présidentielle) n'ont subi un tel procès.

Quelles sont les forces et les faiblesses de Ségolène Royal?

Ségolène Royal est une personnalité charismatique dont l'image est bien installée dans le pays et notamment dans les couches populaires où elle réalise ses meilleurs scores en terme de popularité. Elle a gagné la bataille de l'incarnation. Oui, elle incarne une certaine gauche, optmiste, volontaire, métissée, décomplexée sur un certain nombre de sujets et qui n'hésite pas à briser les codes, à innover. Cependant elle souffre encore d'un déficit de présidentiabilité. Elle n'a pas encore gagné sa stature de femme d'Etat, malgré ses efforts et ses nombreux déplacements à l'étranger. Le facteur machiste n'explique pas tout. Elle doit s'améliorer au niveau de la connaissance des dossiers et montrer plus d'assurance dans ses options politiques.

Bertrand Delanoë et Martine Aubry  la devancent désormais très nettement dans les sondages, notamment chez les sympathisants socialistes. Est-ce le début de la fin de l'astre Royal?

Il n'y absolument là rien de surprenant. Elle a tout de même perdu l'élection présidentielle! A l'inverse, Bertrand Delanoë et Martine Aubry ont été brillamment réélus à la tête de leurs villes qui sont deux grandes métropoles. Il y en quelque sorte la prime aux vainqueurs. Cependant si regardez les choses de plus près, vous remarquez que Ségolène Royal resiste finalement assez bien, dans la mesure elle n'a pas du tout le soutien du parti et qu'elle subit quand même des attaques quasi quotidiennes de ses camarades qui sont moins pressés de demander des comptes à Lionel Jospin sur son lamentable échec de 2002 qu'à réclamer la tête de l'ex candidate. Sa détermination à vouloir exister politiquement au sein et en dehors du PS est même impressionnante. J'y vois là une remarquable force de caractère. 

Revenons au congrès. Pensez-vous qu'elle a encore une chance de s'imposer et de devenir première secrétaire?

Contrairement à ce que j'entends ici là, les jeux sont loin d'être faits. Ségolène Royal reste populaire chez les militants et l'hostilité folle des éléphants à son endroit a soudé son camp. Sa motion est en tête des signatures (loin devant celles de Bertrand Delanoë et de Martine Aubry), les réunions publiques animées par les tenants de sa motion sont celles qui rassemblent le plus de militants. Je pourrai muliplier les exemples. Aussi je vous invite à ne pas tomber dans le piège de l'intox  et des sondages qui sont loin de réfléter la réalité du terrain. Allez assister aux meetings de Bertrand Delanoë ou de Martine Aubry. Vous serez frappé par le faible nombre de militants qui y participent. Même Vincent Peillon, l'un des proches de Ségolène Royal, attire à lui tout seul plus de monde. La tentation de manipuler l'opinion est d'ailleurs très forte chez certains médias, surtout en cette période d'avant-congrès. Les articles de Libération sont d'ailleurs, sur ce point, très édifiants. Que ce journal de gauche affirme son soutien à Bertrand Delanoë, cela ne me choque pas. Mais qu'il nous ponde quasiment tous les jours un article dénigrant Ségolène Royal, on peut légitimément s'interroger sur la tentative d'influer sur le choix des militants. Par ailleurs il faut bien admettre que les autres ténors ont l'avantage de s'appuyer sur le poids de l'appareil et des cadres. Ce qui n'est pas négligeable, compte tenu du reflèxe légitimiste que l'on peut observer dans certaines fédérations et chez certains militants.

Concernant le poste de premier secrétaire, je pense que Ségolène Royal a fait l'impasse. Elle n'y voit finalement que des avantages à ne pas y aller. Les échéances électorales qui attendent le PS s'annoncent difficiles. Les européennes risquent de tourner à la débâcle et il est presque certain qu'i ne conservera pas les 20 régions sur 22 qu'il détient. En outre, le congrès risque de ne pas dégager une majorité claire. Donc on risque d'avoir un premier secrétaire obligé de composer et d'amadouer les autres courants. Ce dont Ségolène Royal se sent totalement incapable. C'est un personnage qui aime avoir les coudées franches et qui a un goût prononcé pour l'autorité. Or il s'avère qu'elle ne veut pas simplement rénover le PS, en changeant deux ou trois choses, mais elle le veut le révolutionner complètement pour en faire une véritable machine de guerre, capable de concurrencer fortement l'UMP, quitte à y introduire un élément bonapartiste inconnu dans la culture de gauche. Pour ma part, je n'y suis pas contre tant que ça rend le parti à nouveau offensif et attractif.

En tout cas il est sûr que si sa motion arrivait très largement en tête au soir du 6 novembre (jour du vote) - ce qui n'est pas à exclure, mais difficilement envisageable en l'état actuel - je ne vois pas pourquoi elle ne ressortirait pas sa candidature du ''frigo''.

En cas de défaite au congrès que pensez-vous qu'elle va faire?

Elle va continuer à travailler, à voyager à l'étranger et à sillonner la France. Elle a prouvé que c'était une femme endurante et extrêmement déterminée. Le danger pour elle serait qu'elle voit fendre ses derniers soutiens au sein de la direction et qu'elle soit fortement marginalisée. Mais gageons qu'elle saura transformer cette marginalisation en force si jamais les divisions et les conflits d'ego reprenaient de plus belle au parti. Le fait d'être en retrait pourrait même la servir. Rusée qu'elle est, elle a déjà commencé à sillonner ses terres de Poitou-Charentes et à préparer sa réelection, histoire d'être en position de force en 2011, date de la désignation du candidat socialiste par les militants.  

Finalement qu'est-ce qui distingue Ségolène Royal des autres tenors socialistes et comment jugez-vous l'attitude de Bertrand Delanoë et de Martine Aubry à son endroit?

Sur la formeSégolène Royal est une personnalité qui - comme je l'ai dit plus haut - est dotée d'un fort charisme. Un charisme qui irradie l'endroit où elle apparaît. Ce n'est pas de la poésie, c'est un constat. Il est tout à fait incontestable que cette femme - au demeurant très belle - dégage quelque chose de particulier. Ce qui n'est pas le cas des autres. Notamment de Bertrand Delanoë, de Martine Aubry ou même de DSK qui nous renvoient une image assez classique et - disons le franchement - soporifique du Parti socialiste . Mais c'est surtout une personnalité qui a réussi - c'est à mettre à son crédit - le miracle de réveiller un parti socialiste que François Hollande a maintenu dans un terrible état de lhétargie et de paresse intellectuelle. Allez dans les sections et écoutez les réactions passionnées qu'elle provoque. Ca ne s'est jamais vu au PS! La radicalité des sentiments qu'elle suscite est incroyable. Ségolène Royal  fascine ou irrite, mais ne laisse personne indifférente. C'est à la fois une force et une faiblesse. François Mitterrand a su en faire une force. Et l'histoire présidentielle montre que les Français n'aiment pas élire des candidats trop consensuels, trop lisses (Edouard balladur, Lionel Jospin peuvent en témoigner). Ils ont plutôt tendance à consacrer des candidats qui clivent (Nicolas Sarkozy étant le dernier en date).

C'est aussi le Zénith (j'y étais): une rupture radicale avec les messes socialistes habituelles, qui a aussi bien marqué les esprits qu'il a été vilipendé par les médias (à l'exception de Marianne qui a su garder son calme dans cette affaire et analysé l'évènement avec objectivité) et qui d'ores et déjà s'apprête à être un objet d'étude.

Sur le fond, elle a défendu des thèmes dont j'affirme - sans l'ombre d'un doute - qu'ils sont porteurs: la démocratie participative, l'ordre juste, la France métissée, l'encadrement militaire des primo-délinquants, les jurys citoyens, etc.  Allez dans les quarties populaires et demandez aux gens s'ils sont contre la démocratie participative, contre l'ordre juste (surtout en ce temps de crise financière et de crise économique), contre la France métissée, contre l'encadrement militaire des primo-délinquants, contre les jurys citoyens. Tous ces thèmes font mouche auprès l'électorat populaire (tout le défi pour Ségolène Royal étant de les traduire en un corps de doctrine plus dense, plus travaillé, plus cohérent et qui insiste puissamment sur la dimension aussi bien sociale que sociétale).

Enfin quant à l'attitude de Bertrand Delanoë et de Martine Aubry, elle est symptomatique d'un Parti socialiste qui joue plus que jamais sur l'effet zapping. Les deux n'ont pas de divergences idéologiques avec la première. Ce sont tous des sociaux démocrates pro-européens. La vraie divergence est, en réalité, plus triviale: ni le maire de Paris ni la maire de Lille ont digéré la désignation de Ségolène Royal à la candidature présidentielle et d'avoir coiffé sur le poteau leurs ambitions (qu'ils n'ont jamais eu le courage d'assumer). Bertrand Delanoë, depuis son élection à la mairie de Paris, rêve d'un destin élyséen, même s'il a beau s'en défendre derrière une langue de bois sophistiquée. Quant à Martine Aubry, elle considère - à tort ou raison - que l'honneur d'être la première femme à représenter le PS à l'élection présidentielle aurait dû lui revenir, ne serait-ce qu'en raison de son passé ministériel et de sa filiation avec un grand nom de l'histoire du PS, Jacques Delors. C'est cela la vraie divergence - qui prend les allures d'un véritable réglèments de compte - entre ceux qui incarnent les héritiers de la jospinie et celle qui n'aurait pas dû être la où elle se trouve. Aussi je ne peux m'empêcher de rire quand j'entends dire qu'il y a un problème de leadership au PS. Le PS a un leader, mais les autres ténors et les médias font comme si il n'existait pas. Ce leader porte un nom: Ségolène Royal. L'argument est tellement martelé que les militant ont fini par se laisser convaincre. D'où l'état d'éclatement actuel du PS. On peut d'ailleurs remercier François Hollande qui a tout fait pour dilluer ce leadership (qui aurait tout naturellement dû revenir à l'ex candidate, comme cela fut le cas pour Lionel Jospin) en maintenant vaille que vaille le calendrier du congrès, alors qu'un message fort aurait dû immédiatement être délivré à la population après la défaite aux présidentielles et aux légisatives. Une fois de plus les considérations d'appareil et de carrière ont pris le pas sur la raison. Et maintenant on a droit à un feuilleton quotidien (et télévisé) où le PS donne à l'opinion l'image épouvantable de ses divisions, de ses combats d'ego, de la guerre de chef. Soyez certains que c'est François Hollande qui se rejouit du spectacle. Lui qui espère tirer ses marrons du feu et préserver ses propres ambitions présidentielles. Et il est - pour le coup - étonnant, étrange que soit Bertrand Delanoë qui vienne cautionner et légitimer cette attitude mortifère en faisant alliance avec ce dernier et en révendiquant son héritage. A t-il pensé lui aussi à sa carrière personnelle ou à l'avenir du parti? Je pose la question.   

Quant à Martine Aubry, son alliance surprenante avec les fabiusiens (qui incarnent soit disant l'aile gauche), les strauss-kahniens et les amis d'Arnaud Montebourg (qui n'a d'amis que lui-même car ses troupes l'ont quasiment tous abandonnés) ne repose sur aucun fond idéologique (quoi de plus différent qu'un strauss-kahnien et un fabiusien), mais sur un seul objectif (qui constitue le seul dénominateur commun): empêcher Ségolène Royal de prendre le PS. Bref, un véritable combat d'arrière-garde, avec la détestation d'un personne du parti comme source de motivation. C'est tout simplement effrayant. Et je crains que les militants sincères qui soutiennent cette démarche soient les dindons de cette sinistre farce.  

Finalement le seul qui est plus ou moins cohérent dans son opposition à Ségolène Royal , c'est le jeune Benoît Hamon (qui est un jeune cadre brillant et plein d'avenir). Lui soulève des vraies divergences idéologiques qui sont autrement plus intéressantes que le désir de Bertrand Delanoë de prendre la place de l'ex candidate dans le coeur des militants ou des envies de revanche de Martine Aubry. En tout cas, il est de loin le plus respectacle (avec Jean Luc Mélenchon) dans son opposition à Ségolène Royal.

Pour conclure quel avenir voyez-vous à Ségolène Royal?

Je ne suis pas devin. Mais je pense qu'elle n'a pas fini de nous surprendre et que ses rivaux feraient une lourde erreur de vouloir l'écarter un peu trop vite de la vie du PS. C'est une personnalité qui compte dans le paysage politique français et dont l'influence morale demeure forte. Ce qui n'est pas forcément le cas de ceux qui lui contestent actuellement le leadership.

Si Ségolène Royal continue de travailler, donne une densité et clarté bienvenues à sa pensée politique, gagne en présidentiabilité, ne se coupe pas de la base et conforte son image auprès des militants socialistes et de l'électorat de gauche, elle peut parfaitement réussir son pari de rempiler pour une deuxième tentative présidentielle en 2012. Je ne vois pas qui pourrait alors lui barrer la route. C'est en tout cas mon souhait.

PS: pour ceux qui souhaitent entrer en contact avec lui, il a accepté gentiment de communiquer son mail: freddypambou_fr@yahoo.fr

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